Marc Abélès
Anthropologie, Politique, Globalisation

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26 mai 2011

Biographie

Directeur d’études à l’EHESS

Directeur de Recherche (DRCE) CNRS

Directeur de l’IIAC

Contact

IIAC, EHESS, 105 bd Raspail 75006 Paris

Tél : 01 49 54 21 98

marc.abeles@ehess.fr

Marc Abélès a consacré ses premiers travaux, sous la direction de Claude Lévi-Strauss, aux pratiques politiques d’une société d’Ethiopie méridionale (Ochollo). Par la suite il a mené des recherches sur le politique et les institutions dans les contextes français et européen en reprenant plusieurs questions abordées à propos des Ochollo.
L’élection, les pratiques d’assemblées, la symbolique politique sont au coeur de ses travaux sur la vie politique en Bourgogne (Jours tranquilles en 89, 1989), sur les rituels de François Mitterrand (Anthropologie de l’État, 1990), sur l’Assemblée nationale (Un ethnologue à l’Assemblée, 2000), sur les avatars de la représentation politique (L’Echec en politique, 2005) et sur le Parlement européen (La vie quotidienne au Parlement européen, 1992). En 1993, à la demande de la Commission européenne, il a dirigé une recherche anthropologique au sein de cet organisme.
Plus récemment il a abordé la question de la globalisation dans deux perspectives différentes dans Politique de la survie (2006) où il traite du déplacement du politique et de l’émergence de nouveaux lieux de pouvoir, et dans Anthropologie de la globalisation (2008) où il analyse les conséquences épistémologiques des bouleversements produits par la globalisation et propose de nouvelles orientations pour l’anthropologie.

Normalien, Marc Abélès est titulaire d’un doctorat de 3e cycle et d’un doctorat d’État en anthropologie. Entré au CNRS, il a été membre du Laboratoire d’Anthropologie Sociale de 1979 à 1995. De 1990 à 1998, il a siégé au Comité national du CNRS. Il a dirigé le Laboratoire d’Anthropologie des Institutions et des Organisations Sociales qu’il a contribué à créer (1995-2009). Il a été directeur de de l’Institut Interdisciplinaire d’Anthropologie du Contemporain (IIAC, CNRS-EHESS) de 2010 à 2012. En 2005, il a été élu directeur d’études à l’EHESS où son enseignement traite de l’anthropologie des institutions. Il a été visiting scholar et professeur invité à Brown University, Stanford University, New York University Boston University, Universidad de Buenos Aires.

Marc Abélès dirige depuis 2012 le Centre Franco-Argentin des Hautes Etudes de Buenos Aires.

Thèmes de recherche

Le lieu du politique
En observant les pratiques d’assemblée chez les Ochollo d’Ethiopie méridionale, Marc Abélès montre comment se construit spatialement et symboliquement ce qu’il désigne comme le lieu du politique. En témoigne, du point de vue spatial, le soin mis à délimiter des espaces publics, à en réaliser un véritable marquage. Par ailleurs, l’assemblée ne devient véritablement corps politique qu’en référence à un travail symbolique bien précis. Par lieu du politique, il faut entendre non seulement la matérialité des espaces où se déploient le pouvoir mais aussi la place qui est assignée au politique, à ses expressions, ses pratiques et ses conflits par une société donnée. L’exploration des lieux du politique est le fil conducteur des recherches menées par la suite sur des terrains très différents.

Anthropologie de l’Etat, représentation, imbrication
En liaison avec ses recherches de terrain, Marc Abélès a développé une réflexion théorique sur l’approche anthropologique des pratiques politiques. Dans son ouvrage Anthropologie de l’État, il s’attache à montrer le caractère opératoire des concepts et des modes d’analyse appliqués par les ethnologues à des univers différents, pour comprendre le politique dans nos sociétés. La question de la représentation politique et de la construction des légitimités est au cœur de cette problématique.
La représentation n’est pas une dimension subalterne ou dérivée de l’action politique. A l’inverse, elle en constitue une condition fondamentale, commune à l’ensemble des sociétés humaines. Dans quelles conditions la société se représente-t-elle, quelle place matérielle et symbolique assigne-t-elle à ceux qu’elle désigne comme ses porte-parole ? Inversement comment ceux-ci exercent-ils leurs prérogatives, quelles représentations se font-ils de leur position ?
L’anthropologie met en relief l’imbrication entre le domaine du politique et les autres déterminations. Pour appréhender cet ancrage du politique dans le corps social, l’investigation a porté principalement sur trois domaines : les espaces politiques et l’approche territorialisée des relations de pouvoir, l’analyse des réseaux où s’engendre la représentativité politique, l’intrication entre pouvoir et légitimité dans les rituels et les symboliques propres à l’État moderne.
Ces questions sont au cœur des enquêtes qu’il a menées sur la vie politique en Bourgogne (Jours tranquilles en 89, 1989), sur les rituels de François Mitterrand (Anthropologie de l’État, 1990), sur l’Assemblée nationale (Un ethnologue à l’Assemblée, 2000), sur les avatars de la représentation politique (L’Echec en politique, 2005) et sur le Parlement européen (La vie quotidienne au Parlement européen, 1992).

Le global-politique et la politique de la survie
Plus récemment Marc Abélès a mis en évidence la nécessité de développer une anthropologie prenant en compte les mutations des sociétés contemporaines, et dont il trace les principales orientations dans son ouvrage Anthropologie de la globalisation (2008).
D’un point de vie théorique, Marc Abélès met au jour « la montée en puissance d’une représentation qui met les préoccupations du vivre et du survivre au cœur de l’agir politique », et rejette au second plan la question de la convivance (l’être ensemble) qui avait jusqu’alors polarisé théories et programmes politiques. La mise en oeuvre d’une « politique de la survie » est devenue un impératif dans des domaines aussi divers que l’environnement, l’économie, la sécurité et elle s’opère à une échelle plus large que celle de l’Etat-nation.
C’est ainsi qu’on voit se renforcer la dimension du global-politique qui « ne peut pas être circonscrit en termes de rapport de forces ni pensé comme une forme supra-étatique, mais comme un inducteur de normes, de concepts transversaux, de paramètres de discussion, de termes de négociation qui se diffusent dans les pores des sociétés et infusent les esprits qui les gouvernent ».
Pour analyser le global-politique, Marc Abélès a ouvert de nouveaux terrains de recherche, notamment sur les nouveaux pouvoirs et contre-pouvoirs dans le contexte de la globalisation (Politique de la survie, 2006). Ses investigations ont porté sur la Silicon Valley, où il s’est intéressé aux créateurs de start-up et adeptes de la philanthropie (Les Nouveaux riches. Un ethnologue dans la Silicon Valley, 2002).

Aujourd’hui Marc Abélès poursuit ses recherches anthropologiques sur la globalisation et ses conséquences politiques et culturelles. Ses deux chantiers les plus récents sont : l’Organisation Mondiale du Commerce où il a effectué une immersion prolongée avec une équipe de chercheurs issus de différents continents, dans le cadre d’un programme ANR consacré aux nouvelles scènes de la gouvernance mondiale (Des anthropologues à l’OMC, à paraître, novembre 2011) ; un lieu d’art globalisé à Pékin, le 798 ou Dashanzi Art District, dont l’exploration ethnographique offre une perspective inédite sur les rapports entre art, politique et marché dans une Chine en pleine mutation (Pékin 798, 2011).